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Vers une éco-conception rentable et innovante

En France, 3/4 des émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation des ménages proviennent des émissions indirectes liées à la production et  l’importation de produits ; le quart restant concerne la consommation de combustibles pour l’habitat et les transports.

(Source : SOeS « Consommation des ménages et environnement » – 2011)

L’industrie manufacturière française est le 3ème consommateur d’énergie en France avec près de 33,6 cycle_de_viemillions de tonnes équivalent pétrole par an et produit près de 20% des émissions de CO2 .

(Source : CEREN « Consommation d’énergie par NCE » – 2012)

Depuis l’extraction des matériaux qui le constituent jusqu’à son traitement en fin de vie (valorisation ou mise en décharge), en passant par sa fabrication, sa distribution et son utilisation, un produit traverse de nombreuses étapes qui constituent son cycle de vie. Ce cycle de vie doit être considéré dans son ensemble car chaque étape peut être source d’impacts sur l’environnement.

Ainsi, l’éco-conception consiste à intégrer l’environnement dès la conception d’un produit ou service, et lors de toutes les étapes de son cycle de vie. Le produit (bien ou service) ou le procédé éco-conçu remplit une fonction et satisfait un besoin en utilisant les ressources de façon efficace et en minimisant ses impacts environnementaux et sanitaires.

« L’éco-conception, parce qu’elle nous oblige à re-questionner nos produits, leur composition, leurs fonctionnalités,… est une source majeure d’innovation, au service de l’environnement bien sûr … mais aussi de la satisfaction des consommateurs et de la compétitivité de nos entreprises : moins de matières et d’énergies utilisées, moins de pollutions et de déchets générés, moins de coûts et plus d’usages… et donc plus de bénéfices pour la collectivité ! » souligne Bruno Lechevin, Président de l’ADEME. En visite en Bourgogne, ce dernier rencontre aujourd’hui les 3 entreprises régionales lauréates de l’appel à projets de Recherche & Développement en éco-conception lancée par l’ADEME en 2013 (voir ci-dessous).

Une étude internationale pour prouver la rentabilité de l’éco-conception

Pour les entreprises, dans un contexte de pression sur les ressources, de réglementation environnementale renforcée et d’augmentation de la demande d’éco-produits, les enjeux sont nombreux en termes de gains environnementaux, de gains économiques et de compétitivité. L’éco-conception revêt donc une importance croissante pour ces dernières, de même que leur implication s’avère indispensable au développement de ce nouveau modèle.

Une étude réalisée en 2013 par le Pôle Éco-conception en France et l’Institut de développement de produits au Quebec, avec le soutien de l’ADEME, auprès de 119 entreprises réparties en Europe et au Québec, confirme que l’éco-conception est une solution « gagnant-gagnant », à la fois pour l’économie et l’environnement, sans impact négatif sur la rentabilité des entreprises.

En effet, cette démarche permet non seulement de réduire significativement les coûts de production et d’enregistrer des effets positifs sur les profits, mais également de réduire les impacts des produits sur l’environnement. Elle peut également générer des retombées positives autres que financières, et devenir ainsi un avantage concurrentiel non négligeable.

Les principaux enseignements de cette étude montrent que :

  • plus la taille de l’entreprise est petite, plus ses chances de rentabiliser ses actions d’éco-conception sont élevées,
  • pour 45% des répondants, l’éco-conception a un effet positif sur les projets de l’entreprise,
  • la marge bénéficiaire des produits éco conçus est supérieure à celle des produits conventionnels,
  • il est fondamental que le dirigeant de l’entreprise soit convaincu de l’intérêt de la démarche pour garantir son succès,
  • pour une grande majorité d’entreprises, la démarche d’éco-conception a généré de multiples retombées positives, à savoir une amélioration de l’image ou de la notoriété (86% des répondants), une augmentation de la motivation ou de la fierté des employés, une meilleure relation avec les clients, ou encore une plus grande capacité à développer de nouveaux produits.

Les résultats complets de cette étude seront présentés lors du 3ème colloque national « Eco-conception, la fin de l’ère des pionniers, le début de la maturité » organisé par le Pôle éco-conception, l’ADEME et la CCI Saint-Etienne Montbrison, le jeudi 17 avril à la Cité du design de Saint-Etienne. 

Appel à projets de R&D en éco-conception : 3 lauréats bourguignons

Cette maturité naissante de la démarche d’éco-conception justifie la nécessité de soutenir des travaux de recherche et développement pour explorer de nouvelles technologies et pratiques, constituer des réseaux de recherche et monter des opérations exemplaires qui pourront avoir un effet d’entraînement dans l’industrie.

La première édition d’un appel à projets de Recherche & Développement en éco-conception a été lancée par l’ADEME en 2004 puis renouvelée en 2008 et enfin en 2013. Les résultats de cette dernière édition soulignent le dynamisme de la région bourguignonne, forte de 3 projets sur les 7 lauréats retenus et soutenus par l’ADEME à hauteur de 1 261 501 € pour un coût global de 3,5 M€.

Le projet EAT est porté par une PME, les Salaisons Sabatier (21), désireuse de se lancer dans la conception de nouveaux emballages dits « actifs » permettant une durée de conservation – et donc de consommation – plus longue, afin de développer ses marchés d’export, et limiter les pertes et gaspillages. Les nouveaux systèmes d’emballages dits « actifs », et qui permettent d’éviter une étape de flash pasteurisation, consommatrice d’énergie, doivent pouvoir répondre à ces enjeux économiques et environnementaux.

Mobil Wood est une entreprise de l’Yonne spécialisée dans l’aménagement d’espaces commerciaux. Dans ce projet, son activité ne sera plus basée sur un catalogue de produits, mais sur une offre globale de prestations au service du développement économique du client et de sa performance environnementale. La vente de produit physique laissera donc place à la mise à disposition d’un aménagement commercial. Cette offre ira jusqu’à prendre en charge la collecte des composants en fin de vie, séparer la matière en vue du recyclage et même s’engager dans le réemploi des produits et composants utilisés.

Le projet Eurêcook, porté par le groupe SEB (21), se lance dans l’expérimentation territoriale d’un nouveau modèle : dans un premier temps, il s’agit d’imaginer et mettre en place un service fonctionnel de « location » d’appareils culinaires mutualisés, faisant passer les consommateurs de l’achat à la « location d’une expérience culinaire », de la possession à l’usage. Cela permettra aux industriels de mettre en place une véritable économie circulaire de l’électroménager culinaire, ce qui constitue le deuxième volet industriel du projet. Il s’agira le cas échéant de repenser, au vu des nouveaux usages, l’éco-conception des produits.