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[COP21] 3 questions à Johan Ransquin #transports

Tous les mois, un expert de l’ADEME décrypte un enjeu clé pour le climat.

Ce mois-ci, Johan Ransquin répond à 3 questions sur «les transports et le climat»

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Question 1 : En quoi les transports constituent-ils un enjeu primordial dans la lutte contre le dérèglement climatique ?

Ce secteur est à la fois très consommateur d’énergie et très émetteur de gaz à effet de serre. Il représente en effet 35 % des émissions de CO2 et 32% de la consommation d’énergie finale en France. C’est à l’évidence un secteur sur lequel il faut agir pour réduire notre impact sur le dérèglement climatique, mais ses enjeux sont multiples.

C’est un secteur qui est en interaction avec toutes les activités économiques et qui est impliqué dans d’autres problématiques d’importance pour notre pays. Citons en priorité la pollution de l’air, notamment en milieu urbain. Les transports représentent par exemple 56% de nos émissions d’oxydes d’azote.

C’est également un secteur ayant des impacts économiques forts, avec un poids important sur la facture énergétique française, plus de 90% des carburants utilisés étant issus du pétrole.

Pour finir, c’est aussi un secteur à enjeu social, notamment le problème de la dépendance vis-à-vis de l’automobile en zones rurales ou péri-urbaines, non desservies par les transports en commun.

En résumé, les transports sont un secteur clé pour la lutte contre le dérèglement climatique, mais leurs impacts vont bien au-delà. Ils sont au cœur de nombreuses problématiques de développement durable de notre pays.

Question 2 : Quelles actions mener en priorité pour réduire les impacts de ce secteur sur le climat ?

Plusieurs actions sont possibles et c’est plutôt une combinaison qu’il faut mettre en œuvre. Pour commencer, il faut comprendre que la réponse à la réduction des impacts ne pourra pas être que technologique.

L’amélioration de la performance des véhicules aura évidemment un impact positif, mais cela ne suffira pas. Il faut aussi une évolution des comportements pour optimiser les flux de déplacement, réduire le nombre de trajets, augmenter les taux de remplissage des véhicules, etc. Ceci concerne aussi bien les déplacements des personnes que des biens.

Pour faire simple, l’objectif est de pouvoir utiliser chaque moyen de transport au meilleur de ses capacités, sur l’usage pour lequel ses impacts environnementaux sont les plus faibles. Ceci passe par une évolution des comportements qui visera à combiner les moyens de transports pour aller d’un point A à un point B, plutôt que de recourir à un mode unique, en particulier la voiture personnelle, pas toujours pertinente. Elle n’est qu’une solution parmi d’autres, que l’on peut partager avec d’autres utilisateurs, comme pour le covoiturage ou l’autopartage.

Par ailleurs, il faut également que nous reconsidérions les modes « actifs », comme le vélo ou la marche. Trop souvent, le déplacement motorisé est devenu un réflexe, alors que beaucoup de déplacements peuvent se faire à pied.

Question 3 : Comment nous déplacerons-nous demain?

Mieux ! Ce qui veut dire plus efficacement, dans un objectif de réduction des impacts environnementaux. Cela signifie une logique d’optimisation de nos déplacements, mais cela peut également dire « moins se déplacer » dans certains cas.

Pour les déplacements des personnes, nous irons vers plus d’intermodalité, pour combiner différents moyens de transport entre eux, les transports en commun et les modes actifs en tête. La situation sera évidemment très différente entre les zones urbaines et rurales, suivant la disponibilité de l’offre. Les technologies de l’information et de la communication joueront un rôle clé car elles permettront de proposer des itinéraires multimodaux avec une information mise à jour en temps réel.

Pour le transport des biens, là aussi l’intermodalité aura un rôle à jouer et l’organisation logistique visera à optimiser les taux de remplissages pour éviter les voyages à vide, regrouper les marchandises pour utiliser le train ou le fluvial, etc. Bref, rationaliser et organiser les flux pour limiter au maximum le « gaspillage » et pour utiliser les moyens de transport ayant le plus faible impact environnemental sur chaque segment du parcours des marchandises.

Johan Ransquin est chef du Service Transports et Mobilité (STM) depuis avril 2014. Il était auparavant chef adjoint du service bâtiment entre 2009 et 2014.