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[COP21] 3 questions à Philippe Masset #international

Tous les mois, un expert de l’ADEME décrypte un enjeu clé pour le climat.

Ce mois-ci, Philippe Masset répond à 3 questions sur «le savoir-faire français dans l’environnement»

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(c) ADEME
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Question 1 : Quelles sont les innovations des entreprises françaises les plus reconnues à l’international dans le domaine de la protection de l’environnement ?

Le marché de l’environnement est évalué par le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) à 2,5 % du PIB mondial soit 1400 Md€. Il devrait connaître dans les prochaines années une croissance d’environ 10% par an et ce malgré la crise économique. Ce marché est dynamisé notamment par l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables et la demande des pays émergents. En outre la prise de conscience mondiale des divers enjeux environnementaux liés en particulier au dérèglement climatique conduit au développement de politiques volontaristes des états favorisant un déploiement des éco-technologies.

Cinquième exportateur mondial, la France dispose de leader mondiaux dans les domaine de l’eau et des déchets (traitement et gestion) ou encore de qualité de l’air (modélisation et équipements). Elle se positionne de plus en plus fortement sur les approches intégrées telles les smart grids, le stockage et conversion de l’énergie, les énergies renouvelables, les mobilités du futur…des « nouvelles » eco-technologies qui possèdent une trajectoire de croissance et d’innovation très forte. Le savoir-faire français dans ces domaines engrange de nombreuses références tant sur le plan national que sur la scène internationale et positionne la France dans le peloton de tête de l’offre environnementale.

Question 2 : Quels sont les différents outils dont elles disposent pour progresser dans ce domaine ?

La France déploie depuis quelques années des outils de soutien et d’accompagnement adaptés et performants. Ce sont tout d’abord les Investissement d’Avenir (IA) qui permettent, dans un contexte d’économie globalisée, un effort d’investissement substantiel dans la recherche et l’innovation, facteur primordial pour soutenir la croissance et la compétitivité de notre secteur industriel. Les appels à projets des IA concourent au développement de filières innovantes et de favoriser la transition énergétique et écologique. L’ADEME s’est ainsi vue confier la gestion de plus 3,3 Mds€ pour accélérer cette transition. A ce jour, plus de 250 projets innovants et démonstrateurs ont ainsi été lancés dans ce cadre. Ces technologies ont un fort potentiel de commercialisation à l’international.

Au delà de cet outil d’investissement, des dispositifs sont mis en oeuvre par différents organismes publics de « l’équipe de France de l’export » tels que Business France, BPI France, COFACE permettant de couvrir l’essentiel des besoins des filières vertes françaises à l’export (prospection, assurance crédit, financement, promotion…). En outre la Direction Générale du Trésor (DGT) dispose de deux outils financiers pour soutenir les entreprises à l’export : les Prêts du Trésor, qui se concentrent sur le financement de projets proprement dits, et le FASEP qui se concentre sur la préparation des projets. L’ensemble de ces outils permettent d’accompagner efficacement nos entreprises dans le déploiement de leurs innovations en France et à l’international.

En parallèle de ces outils financiers, il est également remarquable de constater que la dynamique d’offres « groupées » ou « intégrées » est un facteur de réussite considérable car il permet d’apporter une réponse globale à un besoin identifié. L’ADEME, par son rôle reconnu d’expert, facilite le montage de telles offres avec le Club ADEME International, réseau de 130 éco-entreprises innovantes et exportatrices. A ce jour c’est une quinzaine de groupements thématiques et géographiques qui ont été constitués.

Questions 3 : Peut-on évaluer le bénéfice pour une entreprise du secteur de l’environnement de se positionner sur les marchés internationaux ?

Dans un secteur de l’environnement soumis à une forte concurrence et exigeant en matière d’innovation, se confronter aux exigences des marchés internationaux est une nécessité pour garder une longueur d’avance sur ses concurrents. En fait, Innovation et développement international vont souvent de pair car les sociétés exportatrices sont plus innovantes que les autres. Pour ne citer qu’un chiffre : 64% des sociétés exportatrices françaises ont développé des innovations, contre 43 % des sociétés non exportatrices Entre 2010 et 2012 (ces chiffres sont issus de l’enquête communautaire sur l’innovation réalisée par tous les Etats membres à la demande de l’Union européenne). S’agissant des innovations technologiques, les chiffres sont encore plus parlants puisque, d’après ce même rapport, 25 % des sociétés exportatrices ont mis sur le marché un produit nouveau, contre seulement 8 % des autres.

Deuxièmement, le développement international, c’est aussi un moyen pour les éco-entreprises de diversifier leurs activités et d’être plus résistantes face à la crise économique. Enfin, pour les entreprises actives sur des marchés « de niches », le volume d’activité au niveau national n’est parfois pas suffisant pour développer son activité ou pour justifier ou rentabiliser les investissements en R&D. Il leur est donc nécessaire de se tourner vers l’international. Dans ce contexte, les entreprises peuvent tirer leur épingle du jeu. A titre d’exemple, le Club ADEME International, réseau de 130 éco-entreprises PME et ETI innovantes et exportatrices, a enregistré une augmentation moyenne du chiffre d’affaires export de ses membres de 20% entre 2012 et 2014. C’est dire toute l’importance que représente la dimension « export » dans la réussite commerciale des entreprises.

Philippe MASSET, chef du service des programmes et partenariats internationaux à la Direction de l’Action Internationale (DAI) de l’ADEME depuis 2001.